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Stanozolol : de Ben Johnson aux interactions médicamenteuses.

19 sept.
4 min de lecture

Le nom de Ben Johnson reste associé à l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire du dopage. Aux Jeux olympiques de Séoul en 1988, le sprinteur canadien remporte la finale du 100 mètres avant qu'un contrôle antidopage ne révèle la présence de stanozolol. Il est ensuite disqualifié et perd sa médaille d'or. Près de quarante ans plus tard, le stanozolol n'a pas disparu du sport. La molécule reste interdite et continue d'être retrouvée lors de contrôles antidopage.


Son histoire permet surtout de comprendre une réalité moins connue : détecter un produit dopant ne consiste pas toujours à rechercher uniquement la molécule d'origine. Les laboratoires recherchent aussi les produits de sa transformation par l'organisme, appelés métabolites. Or ce métabolisme peut varier d'une personne à l'autre et être influencé par d'autres médicaments. C'est précisément la question étudiée dans un travail scientifique publié en 2017 sur le stanozolol et le diclofénac ( principe actif du Voltarene et du Flector).


Ben Johnson célèbre sa victoire lors de la finale du 100m des JO de Séoul 88 (Photograph: Simon Bruty/Allsport)
Ben Johnson célèbre sa victoire lors de la finale du 100m des JO de Séoul 88 (Photograph: Simon Bruty/Allsport)


Qu'est ce que le stanozolol ?

Le stanozolol est un stéroïde anabolisant androgène de synthèse (SAA). Comme les autres substances de cette famille, il agit sur différents tissus de l'organisme et peut favoriser le développement de la masse maigre et de la force musculaire mais aussi de l'EPO pour une meilleure oxygénation des muscles. Ce sont ces spécificités des SAA qui explique son détournement dans certains contextes sportifs.


Pourquoi cette molécule est détournée et interdite ?

L'image des stéroïdes anabolisants est parfois réduite à celle de produits permettant de développer les muscles. Leur action sur l'organisme est pourtant beaucoup plus large.

=> Perturbations du bilan lipidique et augmentation du risque cardiovasculaire associé à l'usage de stéroïdes anabolisants. Hypertrophie cardiaque avec augmentation du risque d'arrêt cardiaque.

=> Troubles endocriniens et reproductifs, liés à la perturbation des axes hormonaux naturels ave une augmentation du risque de cancer.

=> Effets dermatologiques et psychiatriques.

=> Atteintes hépatiques sévères, particulièrement importantes avec certains stéroïdes oraux.


Le détournement du stanozolol ne doit donc pas être envisagé seulement sous l'angle de la performance ou de la réglementation sportive. Il peut exposer à des conséquences médicales significatives.


Comment l'organisme transforme-t-il le stanozolol ?

Après son entrée dans l'organisme, une substance ne reste généralement pas intacte. Elle est progressivement transformée par différentes enzymes. Ces transformations produisent des "dérivés" ( métabolites) qui peuvent ensuite être éliminés, notamment dans les urines. Pour les stéroïdes anabolisants, une transformation chimique est assurée par une famille d'enzymes : les UGT. L'organisme fixe un groupement chimique au stéroïde ou à certains de ses produits de transformation, ce qui facilite leur élimination.

Les laboratoires antidopage peuvent donc rechercher non seulement le stanozolol lui-même, mais aussi le produit de la transformation par les UGT.


Et si un autre médicament modifiait ce métabolisme ?

Une étude publiée en 2017 s'est intéressée au diclofénac, un anti-inflammatoire non stéroïdien. Des travaux réalisés en laboratoire avaient montré que le diclofénac pouvait bloquer l'action des UGT impliquées dans la transformation (métabolisme) du stanozolol. Les chercheurs ont donc étudié chez le rat ce qui se passait lorsque du stanozolol et du diclofénac étaient administrés au même moment. Ils ont comparé la présence du stanozolol et de son métabolite dans le sang, les urines et les poils.

Ils ont constaté que sa transformation et son élimination avaient été modifiées. L'analyse des poils s'est révélée beaucoup plus fiable que l'analyse urinaire pour retrouver le stanozolol et son métabolite après l'exposition. Des analyses urinaires pouvaient mener à des résultats négatifs.


Les interactions médicamenteuses : un défi scientifique.

Un médicament peut influencer une une fonction biologique ou chimique au sein du corps humain. Une particularité génétique peut modifier l'élimination d'une substance. Un métabolite peut persister plus ou moins longtemps. Et une nouvelle méthode peut mettre en évidence des traces que les techniques plus anciennes détectaient moins facilement


Du contrôle de Ben Johnson à la pharmacologie moderne

En 1988, quelques jours ont suffi pour faire du stanozolol l'un des noms les plus connus du dopage sportif. Mais l'intérêt actuel de cette molécule dépasse largement l'affaire Ben Johnson. Son étude montre à quel point la détection du dopage dépend de phénomènes biologiques et chimique complexes . C'est aussi une leçon importante de prévention : un produit dopant n'agit jamais isolément dans l'organisme. Ses effets, ses risques et son devenir dépendent d'un ensemble de mécanismes que l'utilisateur ne maîtrise pas nécessairement. Si les stratégies de dopage évoluent, la science de leur détection évolue elle aussi.


Cette interaction est connue depuis 2017. Les autorités comme la WADA ont modifié le protocole de recherche du stanozolol depuis cette date.


Les interactions sont un défi permanent des autorités antidopage. D'autres articles décriront des interactions ou d'autres phénomènes qui peuvent rendre la recherche plus difficile. Les autorités antidopage doivent s'adapter plus rapidement que ne le font les sportifs dopés.



(Zachár G, Deshmukh NIK, Petróczi A, et al. Inhibitory Effects of Diclofenac on Steroid Glucuronidation In Vivo Do Not Affect Hair-Based Doping Tests for Stanozolol. Molecules. 2017;22(6):976. DOI: 10.3390/molecules22060976)


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