Chimiothérapies et cœur : pourquoi l’activité physique adaptée peut devenir un vrai allié du traitement
- 12 juin
- 6 min de lecture
Quand on parle de chimiothérapie, on pense souvent à la fatigue, aux nausées, à la perte de cheveux ou à la baisse des défenses immunitaires. On pense moins au cœur. Pourtant, certains traitements contre le cancer peuvent aussi le fragiliser.
Ce risque peut souvent être anticipé, surveillé et mieux accompagné. Dans ce contexte, l’activité physique adaptée, ou APA, n’est pas un simple “bonus bien-être”. Elle peut devenir un véritable soutien du parcours de soin, aux côtés des traitements médicaux, de la surveillance cardiologique et des soins de support.
Attention toutefois : les recommandations données ici sont générales. L’APA doit toujours être personnalisée selon l’état de santé, le niveau de fatigue, les traitements en cours, les antécédents cardiovasculaires et la condition physique de chaque personne.
1) Chimiothérapie et cœur : de quoi parle-t-on ?
Certains traitements anticancéreux peuvent avoir un impact sur le système cardiovasculaire. On parle parfois de “cardiotoxicité”, un terme technique qui signifie simplement : un effet indésirable possible sur le cœur ou les vaisseaux.
Cela peut se traduire par exemple par :
un cœur qui pompe moins efficacement ;
une tension artérielle qui augmente ;
des palpitations ou des troubles du rythme ;
un essoufflement inhabituel ;
des douleurs dans la poitrine ;
une fatigue plus marquée à l’effort ;
plus rarement, une inflammation du muscle cardiaque.
Tous les traitements ne présentent pas le même risque.
Cela ne signifie pas qu’il faut avoir peur de ces traitements. Ils sont indispensables et efficaces contre le cancer. L’objectif est plutôt de mieux protéger le cœur pendant le traitement.

2) Pourquoi surveiller le cœur pendant un traitement contre le cancer ?
L’objectif principal reste bien sûr de traiter le cancer le plus efficacement possible. Mais pour y parvenir dans les meilleures conditions, il faut aussi préserver l’état général du patient.
Un cœur en bonne santé aide à mieux supporter les cures, au maintien de l'autonomie, à limiter la fatigue et à réduire le risque d’interruption ou de modification du traitement.
C’est pour cela que l’équipe médicale peut proposer, selon les cas :
un électrocardiogramme ;
une échographie du cœur ;
une prise de sang avec certains marqueurs cardiaques ;
une surveillance de la tension ;
un avis en cardio-oncologie, quand cela est disponible.
L’activité physique adaptée s’insère dans cette logique : prévenir, maintenir, récupérer.

3) En quoi l’activité physique adaptée peut aider ?
L’activité physique adaptée n’est pas du sport intensif. Ce n’est pas non plus une injonction à “se bouger” quand on est épuisé. C’est une activité construite progressivement, en fonction de la personne, de ses traitements et de ses capacités.
Elle peut aider de plusieurs façons.
-Elle entretient le cœur et le souffle
Pendant les traitements, beaucoup de patients bougent moins. La fatigue, les douleurs, l’anxiété ou les effets secondaires poussent souvent à réduire les activités quotidiennes. Le problème, c’est que le corps se déconditionne vite : on perd du souffle, de la force, de l’équilibre et de la confiance.
L’APA permet de limiter cette perte. Même de petites séances régulières peuvent aider à conserver une meilleure capacité d’effort.

-Elle agit sur les facteurs de risque cardiovasculaire
Bouger régulièrement aide à mieux contrôler la tension artérielle, la glycémie, le poids, la masse musculaire et certains marqueurs inflammatoires. L’Inserm rappelle que l’activité physique adaptée est aujourd’hui considérée comme une intervention utile dans la prévention et le traitement des maladies chroniques, seule ou en complément d’autres traitements.
Autrement dit, l’APA ne remplace pas les médicaments ni la surveillance médicale, mais elle renforce le terrain.
-Elle peut réduire la fatigue liée aux traitements
C’est souvent contre-intuitif : quand on est fatigué, on pense qu’il faut uniquement se reposer. Le repos est nécessaire, bien sûr. Mais trop d’inactivité peut aggraver la fatigue.
Une activité douce, régulière et bien dosée peut aider à retrouver de l’énergie, à mieux dormir, à préserver les muscles et à améliorer le moral.

-Elle aide à récupérer après les traitements
Après les cures, beaucoup de patients veulent “retrouver leur corps”. L’APA peut accompagner cette phase : reprendre confiance, récupérer du souffle, retrouver de la force, diminuer la sensation d’épuisement et reprendre progressivement les activités du quotidien.
4) Concrètement, que peut-on faire ?
Les repères suivants sont des objectifs généraux. Ils doivent être adaptés par l’équipe médicale ou par un professionnel formé en activité physique adaptée.
Avant de commencer
Avant toute reprise, il est préférable de demander l’avis de l’oncologue, surtout en cas d’antécédent cardiaque, de traitement connu pour fragiliser le cœur, d’essoufflement, de douleur thoracique, de palpitations ou d’hypertension.
Dans certains cas, un avis cardiologique ou une orientation vers un programme de réadaptation cardio-oncologique peut être utile.
L’endurance : le cœur du programme
L’objectif progressif peut être d’atteindre environ 150 minutes par semaine d’activité modérée, par exemple :
marche active ;
vélo d’appartement ;
natation douce ;
marche nordique adaptée ;
gymnastique douce ;
petits trajets quotidiens à pied.
Mais il ne faut pas commencer directement à ce niveau si l’on est fatigué ou déconditionné. Une bonne stratégie est de commencer par 10 minutes, parfois même moins, puis d’augmenter progressivement.
Le bon repère : pendant l’effort, on doit pouvoir parler. Si parler devient difficile, l’intensité est probablement trop élevée.
Le renforcement musculaire : indispensable aussi
Les traitements et l’inactivité peuvent faire perdre du muscle. Or les muscles aident à mieux tolérer les efforts du quotidien : monter les escaliers, porter les courses, se lever d’une chaise, marcher plus longtemps.
Deux petites séances par semaine peuvent suffire au départ, avec des exercices simples :
se lever et s’asseoir d’une chaise ;
monter sur une marche ;
exercices avec élastique ;
petits mouvements avec bouteilles d’eau ;
gainage très doux ;
travail du dos, des jambes et des bras.
L’objectif n’est pas de “forcer”, mais de reconstruire progressivement.
Souplesse et équilibre
Ils sont particulièrement utiles en cas de fatigue importante, de fonte musculaire, de neuropathies, de raideurs, de douleurs ou de risque de chute.
Quelques minutes d’étirements doux, de respiration, de mobilité articulaire ou d’exercices d’équilibre peuvent déjà faire une différence.
5) Les règles de sécurité pendant les cures
L’activité physique adaptée doit rester confortable, progressive et sécurisée. Il faut éviter de s’entraîner “coûte que coûte”.
Il faut reporter la séance en cas de fièvre, infection, vomissements, diarrhées importantes, grande fatigue inhabituelle, vertiges, douleur thoracique, essoufflement anormal ou malaise.
Il faut ensuite signaler rapidement à l’équipe soignante :
une douleur dans la poitrine ;
des palpitations inhabituelles ;
un essoufflement nouveau ou qui s’aggrave ;
des jambes qui gonflent ;
une prise de poids rapide et inexpliquée ;
une tension très élevée ;
une fatigue brutale et inhabituelle.
Le plus important est la régularité, pas la performance.
6) Le message essentiel : personnalisé, progressif, accompagné
L’APA ne doit pas être vécue comme une contrainte supplémentaire. Elle doit être pensée comme un outil de soin, mais aussi comme un moyen de reprendre un peu de contrôle sur son corps pendant une période souvent difficile.
Les recommandations sont globales, mais chaque patient est différent. Une personne très sportive avant le diagnostic, une personne âgée, une personne anémiée, une personne avec une maladie cardiaque, une personne très fatiguée ou une personne en rémission n’auront pas le même programme.
Le bon programme est celui qui respecte :
l’état de santé du moment ;
les traitements reçus ;
la fatigue ;
les douleurs ;
les résultats biologiques ;
les antécédents cardiaques ;
le niveau de forme initial ;
les envies et les possibilités réelles de la personne.
À retenir
Certaines chimiothérapies et thérapies ciblées peuvent fragiliser le cœur, mais ce risque peut être surveillé et accompagné.
L’activité physique adaptée peut aider à préserver le souffle, la force, la tension artérielle, le moral et la qualité de vie. Elle peut aussi limiter le déconditionnement pendant les traitements et faciliter la récupération après les cures.
Elle ne remplace jamais les traitements anticancéreux ni le suivi médical. Mais bien prescrite, bien dosée et personnalisée, elle peut devenir un véritable co-traitement : un soutien concret pour traverser les soins avec le plus de sécurité et d’autonomie possible.
Le bon réflexe : en parler avec l’oncologue, le cardiologue si besoin, le médecin traitant, le kinésithérapeute ou un enseignant en activité physique adaptée.
Sources
ESC 2022 – Lignes directrices de cardio-oncologie (définitions, facteurs de risque, surveillance écho/biomarqueurs, conduites à tenir).
ASCO – Prévention et surveillance de la dysfonction cardiaque chez l’adulte traité pour cancer (recommandations de pratique).
AHA – “Cardio-Oncology Rehabilitation” (Scientific Statement, 2019) : cadre de l’APA/réadaptation chez les patients en cours de traitements anticancéreux.
Foulkes et al., Circulation 2023 – Exercise for the Prevention of Anthracycline-Induced Cardiotoxicity (synthèse des données humaines/animales, intérêt pour conserver le VO₂pic).
Amin et al., 2024 (méta-analyse RCT) – Efficacy and safety of exercise to mitigate chemotherapy cardiotoxicity (effets sur VO₂pic, GLS/troponine, sécurité).
Antunes et al., Eur J Prev Cardiol 2023 – Essai : exercice pendant chimio ; amélioration nette du VO₂pic, effets neutres sur certains marqueurs de toxicité.
Schneider et al., 2023 (essai contrôlé, supervision pendant anthracyclines) – Tolérance et signaux de cardioprotection ; besoin d’essais plus larges.
Blaes et al., 2025 (revue, cardio-oncologie post-traitement) – Suivi annuel des facteurs de risque, examens ciblés selon l’exposition



