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Activité physique adaptée et insuffisance cardiaque

  • 2 févr.
  • 4 min de lecture

1) L'insuffisance cardiaque en quelques mots


L’insuffisance cardiaque (IC) signifie que le cœur n’arrive plus à pomper suffisamment de sang pour couvrir les besoins de l’organisme. Elle provoque essoufflement, fatigue, prise de poids liée à la rétention d’eau, œdèmes des chevilles, baisse de la tolérance à l’effort. On distingue l’IC à fraction d’éjection réduite (cœur qui se contracte mal) et l’IC à fraction d’éjection préservée (cœur qui se relâche mal). Dans les deux cas, c’est une maladie chronique, fréquente après 60 ans, qui altère la qualité de vie.



2) Rôle des traitements


Les traitements visent à :

  • soulager les symptômes (moins d’essoufflement et d’œdèmes),

  • améliorer la capacité à l’effort et la qualité de vie,

  • réduire les hospitalisations et le risque de complications,

  • prolonger la survie.


Ils associent médicaments (ex. bêtabloquants, IEC/ARA2, gliflozines…), dispositifs si besoin (ex : défibrillateur) et mesures non médicamenteuses : éducation thérapeutique, adaptation du sel et des liquides, et… activité physique adaptée, devenue une composante essentielle de la prise en charge moderne. Les bénéfices de la réadaptation sont aujourd’hui bien démontrés sur la capacité cardiorespiratoire, la force musculaire, la qualité de vie et les réhospitalisations, avec une sécurité confirmée chez des patients stables.



3) Effets de l’APA sur la maladie (et sur les effets secondaires)


Ce que l’APA améliore directement :

  • Le souffle et l’endurance : des programmes supervisés de 3 à 5 séances par semaine (continu ou par intervalles) augmentent le VO₂ pic (la « puissance aérobie »), un marqueur pronostique clé. Dans l’étude HF-ACTION, chaque +6 % de VO₂ pic après 3 mois s’accompagnait d’une baisse supplémentaire (~5 %) du risque combiné de décès/hospitalisation.

  • La qualité de vie : chez la majorité des patients IC, l’APA améliore les activités du quotidien (monter des escaliers, marcher, faire ses courses), le moral et l’autonomie.

  • Le déconditionnement musculaire : l’insuffisance cardiaque entraîne une « myopathie périphérique » (muscles affaiblis, plus inflammatoires, moins oxygénés). L’APA (aérobie + renforcement) inverse en partie ces mécanismes et soutient les effets des médicaments.

  • L’inflammation de bas grade : l’activité physique régulière s’associe à des marqueurs inflammatoires plus bas (CRP, IL-6), mécanisme important dans la protection cardio-vasculaire. De nombreuses études montrent une relation inverse entre activité/forme cardiorespiratoire et inflammation.


Et sur les effets indésirables / situations à risque

  • Fatigue, anxiété, dépression : l’APA diminue la fatigue perçue et améliore le bien-être, ce qui peut réduire l’impact secondaire des traitements au long cours.

  • Tolérance des traitements : en améliorant la condition physique, on supporte mieux les ajustements thérapeutiques, on récupère plus vite après une décompensation, et on diminue la sédentarité (facteur de risque indépendant).

  • Sécurité : chez les patients stables, l’APA encadrée est sûre ; les arythmies ou décompensations déclenchées par l’exercice sont rares lorsque l’intensité est adaptée et la progression graduelle.


4) Recommandations actuelles (simples et pratiques)

Il s'agit des recommandations nationales/internationales d'APA pour l'insuffisance cardiaque. Ces recommandations doivent être personnalisées selon l'état de santé, les comorbidités etc.https://www.youtube.com/watch?v=arbIzQIKnvI


Avant de commencer

  • Demandez à votre cardiologue ou médecin traitant une prescription d’APA et une orientation en réadaptation cardiaque ou vers un professionnel formé. L'APA doit être encadrée et personnalisée

    Un test d’effort ou une épreuve de marche (6 minutes) peut aider à fixer vos zones d’intensité.


Le « socle » hebdomadaire pour la plupart des patients IC stables

  • Aérobie : viser progressivement 150 minutes/semaine d’activité modérée (marche active, vélo d’appartement, piscine), fractionnées en 5 × 30 min ou 3 × 40–50 min. On débute souvent par 10–15 min/séance, puis on ajoute 5 min par semaine.

  • Renforcement musculaire : 2 jours/semaine, 1–3 séries de 8–12 répétitions pour les grands groupes musculaires (cuisses, fessiers, dos, bras), charges légères à modérées, mouvement lent et contrôlé.

  • Équilibre & souplesse : surtout après 65 ans : exercices d’équilibre (lever de chaise, talon-pointe), étirements doux en fin de séance.


Formats possibles selon vos goûts

  • Continu modéré (le plus classique) : marche rapide, vélo, rameur doux.

  • Intervalles (« HIIT » doux et sur avis médical), alternant courtes phases plus soutenues et récupération : chez des patients sélectionnés, certains essais montrent des gains supérieurs de VO₂ pic versus continu modéré.

  • Compléments utiles : yoga, tai-chi, danse adaptée : effets positifs sur souffle, équilibre et qualité de vie, utiles quand on débute.


Signes d’alarme – stoppez et consultez

  • douleur thoracique inhabituelle, essoufflement sévère au repos, palpitations soutenues, malaise, prise de poids rapide (> 2 kg/3 jours), chevilles qui gonflent beaucoup, fièvre. Votre programme doit ensuite être réajusté par l’équipe soignante. (Recommandations de sécurité issues des chapitres « Insuffisance cardiaque chronique » et « Réadaptation ».)


Bon à savoir

  • L’APA n’est pas du sport intensif : on cherche d’abord la régularité et le plaisir. Quelques minutes chaque jour valent mieux qu’un long effort ponctuel. Même une augmentation modeste de l’activité apporte déjà des bénéfices, surtout chez les personnes les moins entraînées au départ.

  • Les bénéfices de l’APA se cumulent avec ceux des médicaments : c’est un traitement à part entière de l’IC.



Sources

  • Inserm – Activité physique. Prévention et traitement des maladies chroniques 

  • HF-ACTION & réadaptation cardiaque

  • Wisløff U. et al. – Intervalles vs continu dans l’IC : gains de capacité aérobie avec l’entraînement par intervalles chez des patients sélectionnés.

  • ESC 2016 – Guidelines for the diagnosis and treatment of acute and chronic heart failure : place centrale de la réadaptation et de l’exercice supervisé dans l’IC stable.

  • Lavie CJ. et al. – Impact of Physical Activity, Cardiorespiratory Fitness and Exercise Training on Markers of Inflammation

  • ATTICA Study – Activité de loisir et marqueurs inflammatoires (population générale)

  • Physical Activity Guidelines for Americans, 2nd edition


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