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Maladie de Crohn & activité physique adaptée

  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture


La maladie de Crohn, en quelques mots


La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI). Elle peut toucher différentes parties du tube digestif, de la bouche à l’anus, et évolue le plus souvent par poussées, entrecoupées de périodes de rémission.

Les symptômes sont variables d’une personne à l’autre. Les plus fréquents sont :

  • douleurs abdominales ;

  • diarrhées prolongées ;

  • fatigue importante ;

  • perte de poids ;

  • anémie ou carences nutritionnelles ;

  • manifestations en dehors de l’intestin, notamment articulaires, cutanées ou oculaires.

En France, la maladie touche environ 1 personne sur 1 000 et survient fréquemment chez l’adulte jeune, avec un pic de diagnostic autour de 20 à 30 ans.


Pourquoi survient-elle ?


La cause exacte de la maladie de Crohn n’est pas connue. Elle résulte probablement d’une interaction complexe entre :

  • une prédisposition génétique ;

  • le système immunitaire ;

  • le microbiote intestinal ;

  • différents facteurs environnementaux.

L’inflammation chronique est responsable d’une grande partie des symptômes et peut, au cours de l’évolution, entraîner certaines complications telles que des sténoses, fistules ou abcès.


Les traitements : le socle du contrôle de la maladie


La prise en charge vise à contrôler l’inflammation, traiter les poussées et maintenir la rémission.

Selon la sévérité et la localisation de la maladie, elle peut notamment faire appel à :

  • des corticoïdes, principalement lors de certaines poussées ;

  • des immunosuppresseurs, comme l’azathioprine dans certaines situations ;

  • des biothérapies, notamment les anti-TNF et d’autres traitements ciblant différentes voies de l’inflammation ;

  • des mesures de soutien : correction des carences en fer ou en vitamine D, prise en charge nutritionnelle, traitement de la douleur et accompagnement psychologique si nécessaire ;

  • la chirurgie, lorsque certaines complications l’imposent.


L’activité physique ne remplace jamais ces traitements. Elle constitue une approche complémentaire destinée à entretenir les capacités physiques, limiter le déconditionnement et améliorer la qualité de vie.



En quoi l’activité physique adaptée peut-elle aider ?


a) Agir favorablement sur l’état général et l’inflammation systémique


Dans la population générale et dans différentes maladies chroniques, une activité physique régulière est associée à des concentrations plus faibles de certains marqueurs d’inflammation systémique, notamment la CRP et l’IL-6.

Une bonne condition cardiorespiratoire est également associée à un meilleur profil métabolique et cardiovasculaire.

Chez les personnes atteintes de maladie de Crohn, les données disponibles sont encourageantes, mais il faut rester prudent : l’amélioration de la qualité de vie et de la condition physique est mieux démontrée que la diminution directe de l’inflammation intestinale ou du risque de rechute.

L’APA doit donc être considérée comme un complément de la prise en charge, et non comme un traitement anti-inflammatoire de substitution.


b) Réduire la fatigue et améliorer le bien-être


La fatigue est particulièrement fréquente dans la maladie de Crohn. Elle peut être liée à l’inflammation, à une anémie, à des carences, au sommeil, aux traitements ou au déconditionnement physique.

Une activité adaptée et régulière peut contribuer à :

  • améliorer la capacité à réaliser les activités quotidiennes ;

  • diminuer le déconditionnement ;

  • améliorer le sommeil ;

  • réduire le stress et l’anxiété ;

  • améliorer l’humeur et la confiance en ses capacités.

L’objectif n’est pas la performance : la régularité et la progression sont plus importantes que l’intensité.



c) Préserver les muscles et les os


La maladie, les périodes d’inactivité, la dénutrition et certains traitements — notamment une exposition répétée aux corticoïdes — peuvent favoriser une diminution de la masse musculaire et de la densité minérale osseuse.

L’association d’activités d’endurance et de renforcement musculaire contribue à :

  • maintenir la force musculaire ;

  • limiter le déconditionnement ;

  • préserver l’autonomie ;

  • stimuler l’os lorsqu’un travail adapté en charge est possible.

En cas d’ostéopénie ou d’ostéoporose importante, les exercices avec impacts doivent cependant être individualisés en fonction du risque de fracture.


d) Mieux supporter les contraintes de la maladie


En améliorant progressivement la condition cardiorespiratoire, la force, le sommeil et le bien-être psychologique, l’activité physique peut aider le patient à mieux faire face aux conséquences de la maladie et de ses traitements.

Elle ne réduit pas nécessairement directement les effets indésirables des médicaments, mais peut diminuer certaines conséquences du déconditionnement, comme la faiblesse musculaire ou la perte d’endurance.


Endurance et maladie de Crohn


Pendant un exercice d’endurance, l’organisme redistribue une partie du débit sanguin vers les muscles actifs, le cœur et, lorsqu’il fait chaud, la peau. Le débit sanguin du territoire digestif diminue donc transitoirement.

Cette adaptation est physiologique et généralement bien tolérée lors d’un exercice d’intensité faible à modérée.

Lorsque l’exercice devient très intense ou très prolongé, notamment en cas de chaleur ou de déshydratation, la diminution du débit sanguin digestif peut devenir importante et favoriser :

  • douleurs abdominales ;

  • nausées ;

  • diarrhées ;

  • augmentation de l’inconfort digestif ;

  • plus rarement, des complications digestives chez les personnes particulièrement exposées.


Chez une personne atteinte de Crohn, l’endurance n’est donc pas contre-indiquée. Une endurance faible à modérée est généralement préférable, notamment lors de la reprise ou lorsque des symptômes digestifs persistent.

La marche rapide, le vélo tranquille, la natation ou l’aquagym constituent ainsi de bonnes possibilités lorsque la maladie est stabilisée.


Comment pratiquer en période de rémission ?


Lorsque la maladie est stable, les recommandations destinées à la population générale peuvent constituer un objectif à atteindre progressivement, en fonction des capacités de chacun.


Endurance

À terme, il est possible de tendre vers :

  • 150 à 300 minutes par semaine d’activité d’intensité modérée, par exemple marche rapide, vélo tranquille ou natation ;

  • ou 75 à 150 minutes d’activité plus intense, uniquement si elle est bien tolérée ;

  • ou une combinaison des deux.

Ces chiffres représentent des objectifs de santé, pas une obligation à atteindre immédiatement.

Une personne très fatiguée ou déconditionnée peut commencer par quelques minutes et augmenter progressivement.


Renforcement musculaire

Lorsque cela est possible :

  • environ 2 séances par semaine ;

  • poids du corps, bandes élastiques ou charges adaptées ;

  • sollicitation progressive des principaux groupes musculaires.

Il n’est pas indispensable de rechercher des charges élevées.


Mobilité et récupération

Prévoir :

  • quelques minutes d’échauffement progressif ;

  • des exercices de mobilité ;

  • un retour au calme ;

  • une récupération et une hydratation adaptées.



Comment reconnaître une intensité modérée ?


Le test de la parole est simple : pendant une activité modérée, vous pouvez parler en phrases, mais chanter devient difficile.

Sur une échelle subjective de difficulté allant de 0 à 10, une intensité autour de 3 à 5/10 correspond généralement à un effort modéré.


L’essentiel à retenir


  • L’activité physique complète la prise en charge de la maladie de Crohn : elle ne remplace pas les traitements.

  • Les bénéfices les plus solides concernent notamment la condition physique, la fatigue, la force musculaire, le bien-être et la qualité de vie.

  • L’activité physique régulière est associée à un profil inflammatoire systémique plus favorable, mais son effet direct sur l’inflammation intestinale et la prévention des rechutes de Crohn reste moins bien établi.

  • Les activités d’endurance faible à modérée sont généralement compatibles avec une maladie stabilisée.

  • Les efforts très intenses ou prolongés doivent être abordés avec davantage de prudence, notamment en raison de la diminution de la perfusion digestive et du risque de déshydratation.

  • Le renforcement musculaire complète utilement le travail d’endurance.

  • Commencez progressivement et privilégiez la régularité plutôt que la performance.

  • Un médecin ou un professionnel de l’APA peut vous aider à déterminer une pratique adaptée à votre situation.


Sources


  • Maladie de Crohn et activité physique – document interne.

  • Inserm (2019) – Activité physique. Prévention et traitement des maladies chroniques. Expertise collective.

  • Hamer M. et al. (2012) – Physical Activity and Inflammatory Markers Over 10 Years Follow-Up in Men and Women From the Whitehall II Cohort Study. Circulation.

  • Panagiotakos D.B. et al. – ATTICA Study – Association entre activité physique de loisir et marqueurs inflammatoires et de coagulation.

  • Lavie C.J. et al. (2011) – Impact of Physical Activity, Cardiorespiratory Fitness, and Exercise Training on Markers of Inflammation.

  • U.S. Department of Health and Human Services (2018) – Physical Activity Guidelines for Americans, 2nd edition.

  • Warden S.J. (2010) – Prophylactic Use of NSAIDs by Athletes: A Risk/Benefit Assessment.


 
 
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