TRAMADOL : performance,dopage… et dangers !
- 18 août
- 3 min de lecture
DÉFINITION
Le tramadol est un antalgique (anti-douleur) de la famille des opioïdes. Son action repose sur deux mécanismes complémentaires :
Action opioïde : activation des récepteurs µ-opioïdes, ce qui diminue la perception de la douleur.
Action sur des neuromédiateurs : augmentation de la disponibilité de la sérotonine et de la noradrénaline par blocage de leur recapture (mécanisme proche de celui de certains antidépresseurs).
En clair : le tramadol agit à la fois comme un opioïde et comme un modulateur de certains circuits cérébraux impliqués dans la douleur… ce qui explique aussi une partie de ses effets indésirables.
LE DOPAGE DANS TOUT ÇA ?
Pendant longtemps, le tramadol a surtout été surveillé dans le sport. Mais la situation a changé.
Depuis le 1er janvier 2024, le tramadol est interdit en compétition par l’AMA/WADA.
L’Union Cycliste Internationale (UCI) avait déjà interdit son usage en compétition dès le 1er mars 2019, principalement pour des raisons de sécurité (chutes, altération de la vigilance).

Pourquoi s’y intéresser ? Parce qu’un antalgique peut retarder l’apparition de la douleur, modifier la perception de l’effort et pousser à maintenir une intensité plus élevée… au prix d’une prise de risque.
UN EFFET AVÉRÉ SUR LES PERFORMANCES ?
Des études expérimentales en cyclisme suggèrent un gain de performance dans certaines conditions.
Dans un protocole typique, des cyclistes reçoivent soit un placebo, soit 100 mg de tramadol environ 2 heures avant un effort de type contre-la-montre (ex. 20 minutes sur ergomètre). Résultat rapporté : amélioration d’environ 5% sur la performance, sans modification nette de la puissance maximale.
L’explication la plus probable repose sur la combinaison de :
l’effet antalgique (effort ressenti comme moins pénible),
une modification de la perception de l’effort et parfois un effet psychoactif (variable selon les individus).
EFFETS SECONDAIRES : CE QUI PEUT VRAIMENT MAL TOURNER
On retrouve des effets fréquents : nausées, vertiges, somnolence, constipation, sueurs, céphalées…Mais ce sont surtout les effets graves (ou ceux qui deviennent graves en contexte sportif) qui posent problème.
1) Vigilance diminuée → chutes, accidents
Le tramadol peut entraîner somnolence, ralentissement psychomoteur et troubles de l’attention. Sur route, en peloton, en descente ou en situation technique, le risque d’erreur peut devenir majeur.
2) Dépression respiratoire (surtout surdosage / associations)
Comme les autres opioïdes, il existe un risque de dépression respiratoire, surtout en cas de dose élevée ou d’association avec l’alcool, des benzodiazépines, d’autres opioïdes ou sédatifs.
3) Convulsions (risque “typique” du tramadol)
Le tramadol est particulièrement connu pour augmenter le risque de crises convulsives, parfois même à des doses non extravagantes chez certains sujets (facteurs individuels, antécédents, interactions).
4) Syndrome sérotoninergique : danger d’interactions
Puisqu’il augmente la sérotonine, le tramadol peut provoquer un syndrome sérotoninergique s’il est associé à d’autres médicaments sérotoninergiques :
antidépresseurs (ISRS/IRSN, tricycliques…),
certains traitements de la migraine (triptans),
autres molécules à effet sérotoninergique. C’est une urgence potentielle (agitation, tremblements, hyperthermie, confusion…).
5) Dépendance, tolérance et escalade des doses
Le tramadol peut entraîner tolérance (il faut augmenter les doses pour retrouver l’effet) et dépendance. L’escalade des doses augmente fortement le risque d’intoxication et d’associations dangereuses.
6) Sport d’endurance : un contexte qui amplifie les risques
En endurance, la combinaison fatigue + chaleur + déshydratation + baisse de vigilance augmente la probabilité d’incidents : mauvaise gestion de l’effort, chutes, malaise, interactions imprévues avec d’autres produits (médicaments, stimulants, alcool…).
CONCLUSION
Chercher un gain de performance avec le tramadol, c’est accepter un risque disproportionné : altération de la vigilance, convulsions, interactions potentiellement graves, dépendance, et désormais un risque disciplinaire en compétition.
En bref : TRAMADOL = danger (médical + sportif + réglementaire).
Sources
WADA/AMA – Publication de la Liste des interdictions 2024 (tramadol interdit en compétition à partir du 1er janvier 2024). https://www.wada-ama.org/en/news/wada-publishes-2024-prohibited-list
WADA/AMA – Programme de surveillance / Monitoring Program 2026 (document officiel). https://www.wada-ama.org/sites/default/files/2025-09/2026_list_monitoring_program_en_final_clean_september_2025.pdf
UCI – Tramadol : interdiction en compétition dès le 1er mars 2019 (communiqué / FAQ). https://www.uci.org/pressrelease/tramadol-ban-all-you-need-to-know/74DtzJjWw8w8CeZqpNsRwP
OSF (Open Science Framework) – Données/rapport d’étude expérimentale chez des cyclistes rapportant une amélioration de performance après 100 mg de tramadol avant un contre-la-montre. https://osf.io/download/8hpxz
PubMed Central (PMC) – Articles de synthèse/discussion sur le tramadol, usage, effets, et contexte sportif/ergogène. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10538983/
PubMed Central (PMC) – Revue/points de vigilance sur toxicité : surdosage, dépression respiratoire, convulsions, dépendance, etc. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10406095/
DrugBank – Fiche tramadol : mécanisme et risques d’interactions sérotoninergiques. https://go.drugbank.com/drugs/DB00193



